De la recherche, du café et de l’égalité femmes-hommes

Mardi 14 juin a eu lieu la première réunion de la commission recherche de la nouvelle mandature. Je vous présente mon point de vue de nouvelle élue sur la liste “Pour une éthique universitaire”, qui n’est pas un point de vue collégial.

D’après le site de l’UVSQ, le rôle de la commission recherche est le suivant :

Elle propose au CA les orientations des politiques de recherche, de documentation scientifique et technique ainsi que la répartition des crédits de recherche. Elle est consultée sur les programmes de formation initiale et continue, la qualification à donner aux emplois d’enseignants-chercheurs et de chercheurs vacants, sur les programmes et les contrats de recherche, sur le contrat d’établissement.

Source : http://www.uvsq.fr/les-conseils-et-commissions-de-l-universite-234010.kjsp?RH=1339493259096&RF=1189671828543

A la table du Président, on annonce la couleur : que des hommes en costard, Alexis Constantin à sa droite et Nathan Kahn, chef de cabinet, à sa gauche. Ambiance :

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La séance a commencé par un point Paris Saclay, avec un rappel pour ceux qui n’avaient pas suivi les dernières actualités : l’Idex a été retoqué par le jury international, on a droit à une période probatoire de 18 mois et ça ne va pas être facile de redresser la barre durant cette période.

Membres extérieurs de la commission recherche

On nous annonce la nomination de deux membres externes Patricia Thoreux de l’AP-HP et une représentante de Versailles Grand Parc (dont on a pas eu le nom, car c’était en cours).

Puis on passe aux extérieurs nommés, élus facilement : Patricio Leboeuf de l’Université Paris Saclay et Benoit Malpaux de l’INRA.

Dans tous les cas, on parle de quatre personnes qui ne viendront probablement jamais, dans la grande tradition des extérieurs.

Élection du vice-président

Pour ceux qui n’avaient pas entendu les rumeurs, l’organisation de la table présidentielle donnait un bon indice de qui le président allait proposer comme vice-président à la recherche… Il faut préciser que ce n’est pas une élection à laquelle on se présente librement, le candidat est proposé par le président. M. Guillemot a donc, sans surprise, proposé Alexis Constantin.

 

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C’est un professeur agrégé du laboratoire Dante. Il a annoncé ce qu’on savait déjà : il a un cabinet en dehors de la fac (http://www.corpus-consultants.com/ ).

 

Il a parlé rapidement de sa politique de recherche : il a dit que le critère de taille des laboratoires n’était pas forcément déterminant dans la répartition des financements : “il faut soutenir des laboratoires dynamiques qui n’ont pas encore atteint leur masse critique”. C’est plutôt positif de mon point de vue, car les gros laboratoires ont tendance a être déjà très favorisés par ailleurs, autant que l’université n’en rajoute pas une couche.

 

Nous avons ensuite pu l’interroger, il a répondu quand M. Guillemot ne prenait pas la parole à sa place.

 

Quelques extraits !

 

Fabienne Girard-Misguich a demandé quelle était sa vision sur les chercheurs en biologie, qui sont dispersés sur plusieurs laboratoires externes à l’UVSQ et mal reconnus en recherche.

Réponse d’Alexis Constantin : “J’ignorais.

Guillemot répond qu’il s’en méfie, car il ne croit pas aux chercheurs à distance : “Je suis scientifique, comme vous le savez. La recherche, cela se fait autour du café, le café c’est les relations humaines

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Pour les collègues de sciences dures, et visiblement aussi de médecine, c’est une évidence que la recherche passe par le relationnel. Mais pour les sciences humaines (notamment), il faut savoir que la plupart des chercheurs n’ont pas de bureau et travaillent en bibliothèque, dans des archives, sur sites, etc. Donc pas forcément en laboratoire, en présentiel et systématiquement en équipe.

De plus, cette idée que la recherche est basée sur des relations amicales est sans doute quelque chose qui ne facilite pas la diversité, en particulier si les décisions se prennent autour du café (version chic de la discussion autour d’une bière). Ce sont toujours les mêmes qui seront servis, car on est souvent amis avec ceux qui nous ressemblent. Une très bonne méthode pour reproduire les inégalités, d’après moi…

Donc non, la recherche, cela ne se fait pas forcément autour du café !

J’ai ensuite demandé à M. Constantin ce qu’il pensait de l’égalité entre femmes et hommes dans la recherche.

Constantin : “Y’a -t-il un problème ?

Je réponds : “D’après vous ?

Constantin : “D’après moi, non. C’est pour moi un sujet et un non-sujet. Je n’ai pas connaissance de cette problématique à l’Université, de ce que je vois en droit.

 

Pour rappel et par exemple, M. Constantin lira avec bénéfice le bilan social de l’UVSQ, où il apparaît que la proportion de femmes baisse drastiquement entre maîtres de conférences et professeurs.

 

On voit bien par ailleurs que dans la nouvelle équipe, les VP et VP déléguées femmes sont généralement reléguées à des fonctions traditionnellement féminines (encadrement des étudiants notamment : VP CFVU, VP vie étudiante), alors que la recherche, la stratégie et les décisions sont prises par des hommes (VP CA, VP recherche, VP éthique et stratégie). Une vision bien machiste de la répartition des rôles, dans la continuité de la précédente équipe.

Guillemot a ensuite essayé de rattraper le coup en disant que la problématique n’était pas spécifique à l’UVSQ, ni à la France. Ce n’est pas faux, mais chacun doit se saisir des problèmes à son niveau si on veut que ça change. Si on attend que le roi du cosmos s’en occupe, on n’est pas sortis de l’auberge !

Constantin s’est ensuite repris : “Je suis favorable à une égalité homme femme dans la recherche. (…) La question c’est : comment on la défend. C’est une question délicate.

Cela, je ne lui fais pas dire, car ce n’est évidemment pas gagné, surtout quand le vice-président recherche pense qu’il n’y a pas de problème !

Pour résumer, on nous a proposé un VP recherche qui écrit des articles de type : “La tyrannie des faibles, De l’abus de minorité en droit des sociétés” et qui est parfaitement renseigné sur les enjeux de la recherche à l’UVSQ.

Si, là, vous n’avez pas d’étoiles dans les yeux, je ne sais pas ce qu’il faut ! 😉

Le pire dans tout ça, c’est qu’on aurait pu avoir pire. Au moins, M. Constantin reconnaît ses lacunes et se comporte de manière respectueuse avec les collègues.

Il a ensuite été élu vice-président recherche avec 24 oui, 1 non, 11 blancs.

Le bureau de la commission recherche

Nous sommes ensuite passés à l’élection du bureau de la commission recherche. Voici la composition proposée :

Collège A (professeurs des universités)

Emmanuel Cadot, laboratoire ILV (chimie), liste Guillemot

Laurent Willemez, laboratoire Printemps (sociologie), liste Etik

Élyanne Gault-Garbag Cheynon, laboratoire 2IC (biologie), liste Guillemot

Fabienne Jault, laboratoire DANTE (droit privé), liste Guillemot

Collège B-C-D (maître de conférences et professeurs agrégés)

Mélanie Clément-Fontaine, laboratoire DANTE (droit privé), liste Vayssière, mais qui semble avoir déjà retourné sa veste (ce fut rapide !)

Laurent Dalmas, laboratoire CEMOTEV (économie et géographie), liste Etik

Collège Biatss

Enrica Harranger, DBIST, liste Guillemot

Collège Usagers

Fawzi Zarrouki, liste Interrassos, associée à la liste Guillemot

 

À ce bureau se rajoute naturellement A. Constantin. Si on compte bien, nous avons donc une personne seulement de la liste sortante, qui n’était même pas élue et qui vote déjà systématiquement pour les propositions Guillemot. Ce n’est pas que je sois une fan de l’équipe sortante, sauf que ce sont forcément ceux qui connaissent le mieux les dossiers.

 

De plus, il n’y a aucun chercheur en STIC dans ce bureau, ce qui est très curieux dans une université en pointe sur ce domaine. On a bien du mal à comprendre la stratégie, surtout dans une optique Saclay. Qu’on veuille l’interdisciplinarité, c’est bien, mais de là à écraser complètement notre point fort… Notez que ce n’est pas la fête non plus côté sciences humaines : seules les sciences sociales ont été retenues pour les SHS.

 

Enfin, cela fait 3 chercheurs du laboratoire DANTE sur 7 enseignants chercheurs… Dans une université qui compte (quand même) 29 laboratoires ! Cherchez l’erreur…

 

Si vous aussi, ça vous met du Tonton David dans la tête, vous n’êtes pas les seuls 😉 Pour ceux à qui ça ne rappelle rien :

https://www.youtube.com/watch?v=5k9QQQ3e-6M

 

Quand on a fait remarquer le souci DANTE à M. Guillemot et M. Constantin, ils ont semblé très étonnés et ont dit qu’ils étaient prêts à changer quelqu’un. Évidemment, s’engager dans le bureau de la commission ne se fait pas à la légère, sans y avoir réfléchi, surtout pour prendre la place de quelqu’un, donc la proposition a été accueillie par un silence de mort.

 

Pour finir, un petit conseil pour la nouvelle la nouvelle équipe : allez-y mollo sur le café !

https://www.youtube.com/watch?v=UGtKGX8B9hU

Pour aller plus loin :

 

Tous mes petits dessins publiés ici le sont sous la licence Creative Commons (https://creativecommons.org/licenses/by-nd/3.0/fr/legalcode) : vous pouvez les utiliser librement et gratuitement sous réserve de me citer et de ne pas les modifier, même pour une utilisation commerciale.

 

N’hésitez pas à donner votre avis sur mon compte rendu, cela m’intéresse d’avoir votre retour, que cela soit sur le fond ou la forme. Est-ce trop long ? Mes dessins sont-ils trop moches ? Vous soutenez l’équipe Guillemot et vous trouvez que je dépasse les bornes ? 😉

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